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La lumière comme pinceau
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Les coulisses !

Vous êtes nombreux, lors des expositions ou de part ce site, à me poser des questions sur des aspects un peu plus techniques sur les prises de vues. Argentique/numérique, faites vous vos tirages vous mêmes, quelles focales, trépieds ou pas, en studio, des techniques particulières, etc ... Autant de thèmes récurrents que je vais essayer d'aborder ici, une petite visite dans les coulisses en somme, afin d'apporter un début de réponse. Ce qui ne nous empêchera pas d'en discuter de vive voix une prochaine fois, bien sûr.

Pourquoi le numérique.
Le matériel.
Prises de vue extérieurs.
Prises de vue en studio.
Développement.
Tirages.
Conclusion.
Interview Festival Photo de Mer 2010

 Top Pourquoi le numérique.

L'une des questions qui revient le plus, surtout après avoir vu les tirages, est : "Vous photographiez en argentique ?"

Je baigne dans la création d'images numériques depuis plus de vingt ans, quand j'ai commencé à m'interesser à l'image de synthèse avec mon premier ordinateur. J'ai alors découvert Photoshop, 3dsmax puis les possibilités de compositing et de montage vidéo. De l'image fabriquée donc, loin de la photographie, mais qui m'a permis de développer une expertise en image numérique, colorimétrie, calibration d'une chaîne graphique, etc. Autant d'aspects qui me sont devenus naturels mais qui en rebutent plus d'un, ce que je peux comprendre.
L'une de mes plus grande frustration de l'époque fut, paradoxalement, liée aux tirages. Il y a 15ans, il faut bien le dire, les tirages jet d'encre étaient catastrophiques. Très peu de choix de papier, des gammes de couleurs restreintes, pas de profondeur, mais surtout, des tirages qui verdissent ou jaunissent au bout de quelques mois ! C'était donc inutilisable à l'époque ...

C'est seulement vers 2004 que je me mets à la photographie, après y avoir pensé pendant longtemps mais préférant tout contrôler moi même de la prise de vue au tirage, je me voyais difficilement transformer ma salle de bain en salle de laboratoire chimique... J'ai donc attendu une certaine maturité de la photographie numérique, avec l'arrivée notamment des reflex abordables, pour y passer en douceur, en l'intégrant à un savoir faire et à mon expérience. C'est aussi depuis quelques années seulement que les tirages jet d'encre sont parvenus à une qualité et à une longévité qui leur a ouvert les portes des galeries d'art et des musées. Car axé sur le qualificatif, je savais dès le début que je ne ferai jamais de posters ou de tirages de moindre qualité à 500 ou même 150 exemplaires. Tout était donc réuni pour que je puisse mettre en place un processus de qualité de la prise de vue au tirage !
Je dois d'ailleurs avouer que la photographie m'apporte énormément aujourd'hui, à tel point que je pense que c'est ce que je cherchais depuis la création de mes premières images de synthèse. Loin des effets spéciaux, des processus complexes de modélisation, animation, rendu, compositing etc etc. Avec la photographie, je me sens beaucoup plus proche du réel, du monde, et celle-ci m'offre bizarrement beaucoup plus de liberté et de créativité. L'outil reprend aussi sa vraie place, celle d'un moyen, à l'opposée d'une finalité.

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Le matériel.

A mes débuts, je me suis penché profondément sur la technique photographique, afin d'en connaître les possibilités et de les utiliser au mieux par rapport à ce que je ressentais et sur la façon de le faire passer au travers d'une image. J'avoue que depuis quelques années, cela m'interesse beaucoup moins et j'en parle finalement très peu. C'est pourtant un aspect qui revient souvent dans les discussions... La plupart des boîtiers numériques aujourd'hui sont d'une qualité telle que celui-ci ne fait que peu de différences, ce qui a un peu toujours été le cas. Tout au plus faut-il bien choisir son matériel en fonction de ce qu'on veux faire et de ce qu'on en attends. Ce n'est qu'un outil, qui demande une certaine maîtrise, mais qui ne crée rien !

J'utilise personnellement un boîtier Canon 1Ds mark II, plusieurs optiques fixes ou zooms, du 17 au 400mm. Indispensable pour moi, un trépieds robuste et une rotule solide et maniable (une Markins M20), et un déclencheur souple pour éviter toute vibration (avec le miroir relevé bien sûr).
• J'ai choisi un 1Ds mark II pour son capteur, un 24x36 plein format avec 17 megapixels. Le plein format apporte un rendu que je préfère, plus doux dans les transitions floues/nettes avec une meilleure gestion de la profondeur de champ. Sa surface plus grande permet aussi d'avoir une définition maximale tout en conservant des pixels de taille appréciable pour la qualité des images. Tout ceci, avec de très bonnes optiques, permet des tirages grand formats de grande qualité, une condition sine qua non pour moi.
• J'utilise différentes optiques suivant les besoins. Un 90 TSE pour les bascules du plan de netteté, la plupart du temps en studio, un 17-40/4L en très grand angle, un 24-70/2.8L, un 135/2L (pour des flous fabuleux !), et un 100-400L IS pour les longues focales.
• Pour finir, je n'utilise que deux modes de prise de vue : Le mode Av (priorité ouverture) pour contrôler la profondeur de champ que je souhaite, et le mode tout manuel en studio. J'ai d'ailleurs désactivé les autres modes sur mon boîtier !

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Prises de vue extérieures.

D'une façon générale, je photographie très ... peu ! J'ai dû utiliser le mode rafale une fois pour voir ce que c'était ... J'ai une approche très "prise de vue" de la photographie, je prends donc mon temps, d'abord d'observer, de me laisser envahir par le sujet, et l'inspiration fait le reste. Il m'arrive aussi de rentrer d'une journée sans avoir déclenché une seule fois. C'est un aspect qu'on ne maîtrise pas, et j'ai appris à vivre avec, surtout à ne pas essayer de le forcer. Je déclenche donc très peu, je peaufine mes cadrages dans le viseur, et photographie 90% du temps sur trépieds, avec un déclencheur souple. Pas forcement par conviction, mais parce que ça me correspond. Ceci me permet de toujours travailler à faible ISO et de préserver au maximum la qualité d'image. Du coup, j'ai très peu d'editing à faire (la sélection des photographies à garder), et je ne recadre jamais mes photographies. Les formats carrés sont juste coupés sur les bords. Ce format s'impose d'ailleurs de plus en plus, j'y trouve une certaine stabilité dans l'image, et j'ai donc changer de verre de visée pour pouvoir viser carré dès la prise de vue.

La collection Cesure est plus "spéciale" techniquement parlant, puisque qu'exclusivement réalisée en pause longue. C'en est le thème fondamental, une vision intemporelle, une pose du temps, d'ailleurs invisible sous cet aspect dans la réalité. Ces photographies sont prisent avec des temps de pause entre 20 et 30 secondes, donc forcément sur trépieds.

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Prises de vue en studio.

Un studio représente un investissement certain en matériel : flashes, fonds, parapluies, softboxes, système de déclenchement, trépieds, et tout un tas d'accessoires... C'est également une toute autre manière de travailler, une autre approche du sujet et de la lumière, beaucoup plus technique, mais également très créative ! Tout est possible, et tout est permis ! Pas besoin d'attendre pendant des heures ces 5mins de luminosité hors-norme de la fin de journée ! C'est un peu l'antre de la lumière...

Certaines photographies sont prises en studio, notamment les collections Fovea et Divergence. Je n'ai pas forcement de préférence pour le studio, mais je m'y retrouve, seul, tranquillement, un peu comme un metteur en scène. L'approche du cadrage reste la même, bien qu'à des distances de travail beaucoup plus rapprochées, quelques fois de l'ordre du mm. Mais tout le travail sur la lumière, leur placement, leur puissance, leur qualité, procure d'autres sensations, peut être plus chirurgicales. Le matériel photographique, en dehors du matériel de studio, reste le même, avec l'ajout d'optiques plus dédiées comme le 90TSE. Les photographies rapprochées (macro) demandent par contre des ouvertures très faibles pour conserver une certaine profondeur de champs. Ce qui met en exergue un problème courant : les poussières ! Il faut donc aussi s'y connaître en nettoyage de capteur !

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Développement.

Les prises de vues sont donc réalisées en numériques, et plus précisément en format brut, le "raw". Ce format permet de conserver toutes les informations du capteur, et surtout de n'appliquer aucun automatisme au fichier. Le boîtier sert ainsi uniquement à la prise de vue, comme en argentique, avec les temps de pose, iso et ouverture.

Tout le travail de développement se fait alors sur l'ordinateur et non plus sous l'agrandisseur (position somme toute plus confortable !), avec des logiciels spécialisés dans le développement de ces fichiers, comme Lightroom. Ces logiciels permettent de contrôler l'exposition, le contraste, la température de couleur, de passer en noir et blanc, mais ne sont pas des logiciels de retouche. Je ne fais aucune retouche ensuite, utilisant photoshop uniquement pour mieux contrôler la qualité d'impression. Si une photographie est ratée, ce n'est pas photoshop qui la rattrapera, mais bel et bien une autre prise de vue !

Le développement est une phase cruciale du processus à plus d'un titre. D'abord parce qu'il permet d'orienter la prise de vue vers la vision et les sensations perçues lors de cette prise de vue, de part le choix par exemple du noir et blanc, du format carré, d'un contraste élevé, etc. Mais c'est aussi la qualité technique de celui-ci qui permettra de sortir des grands tirages de qualité, en terme de transitions tonales, de grain, de densité des noirs, etc. Car sur un grand tirage, le moindre défaut se voit, il faut réaliser le développement en ce sens.

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Les tirages.

Pour moi, la finalité d'une photographie est définitivement le tirage ! Ce site permet de montrer mon travail au plus grand nombre, et il remplit très bien son rôle dans ce sens, mais comparer une image sur internet et un tirage papier est sans appel. Certaines expositions sont réalisées par d'autres laboratoires professionnels, sur de très grands formats ou pour des tirages extérieurs (plastification), mais toujours dans ce soucis de petites séries, de "fait main", je réalise personnellement les originaux en séries limitées, seuls tirages en vente.

Réaliser de tels tirages demande un certain investissement et une rigueur importante. Prise de vue et développement sont orientés dès le départ pour le tirage. Il faut ensuite travailler sur un écran reproduisant la gamme de couleurs et de contraste des papiers, calibré avec une sonde afin de s'assurer des valeurs qu'il affiche. Il faut ensuite réaliser des profils colorimétriques par couple encres-papier pour étalonner celui-ci, et ainsi être sûr que tout au long de la chaîne, la photographie sur laquelle on travaille sera restituée fidèlement sur le papier, avec un maximum de profondeur.

Les tirages eux même sont réalisés dans les règles de l'art, sur des papiers d'art sans acide, sélectionnés pour leur rendu et leur tenu dans le temps. Le procédé d'impression est celui de la Digigraphie, sur Epson grand format avec des encres pigmentaires. Ces encres, encapsulées, conservent leurs propriétés dans le temps. Ce procédé, sur de tels papiers, permet de réaliser des tirages qui tiennent plus de 100 ans. Enfin, chaque tirage est ensuite daté et signé, avec un crayon également à encre pigmentaire, et accompagné d'un certificat d'authenticité Hahnemühle (filigrane infalsifiable), reprenant la date du tirage, le titre de la photographie, le papier utilisé, etc.

Vous êtes nombreux à me demander également si j'ai déjà publié des livres. Par pour l'instant, bien qu'ayant déjà eu des propositions. J'ai pourtant quelques idées, et j'y passerai peut être bientôt, mais je voudrai faire quelque chose de particulier. Je préfère donc prendre le temps, pour ne pas faire n'importe quoi. Peut être bientôt un livre d'artiste, en édition limité ?

 

 

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Conclusion.

Voilà, ce petit tour dans les coulisses se termine. J'espère avoir répondu à quelques unes de vos questions, et je le compléterai de temps en temps. Le numérique offre de grandes possibilités de traitement, mais ce n'est pas parce qu'on peux le faire qu'il faut le faire. J'ai choisi le numérique parce que je baignais déjà dedans avant la photo, mais avec les années, je me rend compte que j'ai finalement une démarche très argentique, voir photographie à la chambre ! Je préfère soigner la prise de vue que passer des heures sur un ordinateur. Le reste est alors une question de vision, de soin, et de rigueur dans les procédés. Tout cela demande certaines compétences et beaucoup de temps, mais me permet au final de fournir un travail de qualité, et de partager ce que je ressens avec vous. Un rapport complexe avec la technique, mais en photographie et dans l'art en général, je dirai même dans la vie, quoi de plus important que le partage et l'échange ? Merci à vous.

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Nicolas Genette, le 24 Avril 2010

"S'il est vrai que je suis poète par la grâce de Dieu - ou du diable -, je le suis aussi par la grâce de la technique et de l'effort."
[Federico Garcia Lorca].

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