Le « crop factor » expliqué : FF contre APS.

Article écrit le 11 Février 2007, publié précédemment sur le site www.nicolasgenette.com

Avec l’arrivée des boîtiers numériques, un terme nouveau est apparu dans le jargon photographique : le crop-factor ! On peut ainsi lire ici ou là qu’un boîtier avec un capteur APS transforme un objectif 100 mm en 160 mm ! Comment est-ce possible, et qu’en est-il vraiment ?
Je considérerai dans cet article le format 35mm comme standard. Non pas que j’oublie les moyens formats, mais le crop-factor faisant référence au format 35mm, évitons de nous éparpiller. De même, posons dès maintenant une chose : crop-factor, coefficient multiplicateur de focale, facteur de recadrage, facteur de grossissement, font référence à la même chose !format 35mm Le format 35mm repose sur un cercle d’image de 43mm de diamètre projeté par l’objectif, dans lequel on inclut un capteur ou film de 24mm sur 36mm, le fameux 24×36.
Lors du passage au numérique, au début des années 90, les fabricants se sont retrouvés confrontés à un problème de taille. En effet, si aujourd’hui les prix de fabrication et donc de vente des capteurs ont fortement baissé, à l’époque, réaliser un capteur coûtait extrêmement cher, et il eût été invendable de proposer un capteur 24×36. Canon et Nikon ont donc proposé des capteurs plus petits, mesurant autour de 15mm par 23 (format APS). Et là, problème de taille, encore une fois : le cadrage des optiques change alors en proportion. L’objectif est bien sur le même, et projette la même image dans la chambre reflex, mais seule une portion du format 35mm est conservée. En effet, l’image obtenue est rognée, comme si on prenait un format 35mm classique mais qu’on en découpait les bords. Voir l’image ci-contre pour se rendre compte des proportions. L’angle de champ est donc modifié.
Ainsi, si on veut conserver le même cadrage avec un capteur APS, il faut s’éloigner du sujet, ou alors changer d’objectif pour une focale plus courte (angle de champ plus large). Mais dans quelle mesure ? C’est là qu’intervient le crop-factor, puisqu’il a été instauré pour donner un repère par rapport au 35mm, afin que les photographes habitués à ce format puissent facilement s’y retrouver en numérique.
Notons tout de même que depuis 2002, Canon propose des EOS numériques avec capteurs 24×36, donc sans crop-factor (ou de 1), puisqu’ils correspondent au format 35mm standard. C’est le cas des 1Ds et 5D. La réduction des coûts de fabrication a en effet permis de proposer de tels capteurs, même s’ils restent plus cher. Nikon a suivi quelques années plus tard avec le D3, puis les D700, D4 et D800.• crop-factor et 35mmcapteur 350dComme on peut le voir sur l’image ci-dessus, la diagonale d’un format 35mm est de 43mm. Celle d’un format APS est de 27mm. On pourrait aussi prendre la longueur ou la largeur du format, on trouverait la même chose : 43/27=1.6 (aux approximations prêt). Ainsi donc, notre crop-factor pour un APS est de 1.6 (1.5 chez Nikon). Ce qui veux dire que si on veut cadrer comme un 50mm, il nous faudra un 50/1.6=31mm. Et inversement, notre 50mm monté sur un APS nous donnera le cadrage d’un 80mm.A première vue, on peut se dire qu’il suffit d’avoir ça en tête, et que l’habitude finira par gagner … C’est oublier la gamme existante des objectifs ! En effet, par exemple chez Canon (et la plupart des gammes 35mm), la gamme est structurée autour des 16-35, 24-70, 70-200, et des fixes 24, 35, 50, 85. Ces zooms et focales fixes correspondent à des utilisations, et aussi à des contraintes techniques, sinon on aurait des 8-800 f/1 L IS depuis longtemps !
Ainsi notre 24-70L, qui correspond à un grand angle à 24 et un petit télé à 70, permet de répondre à beaucoup de besoins sans changer d’objectif. Or, avec un capteur APS, notre 24-70 se comporte comme un 38-115 !! Plus de grand angle, et une focale max de 115 qui ne correspond pas à grand chose, car quand on travaille dans ce range, un 70-200 est bien plus indiqué ! Pire encore, plus de très grand angle, puisque notre 16-35 devient un banal 26-60, mais sans les performances d’un 24-70, et plus cher ! Par contre, notre 400mm se retrouve à cadrer comme un 640mm, sans avoir pris 10kg ni 10k€, ce qui peut être pratique, notamment en chasse animalière.
Il faut par contre bien comprendre que le changement apparent de focale est dû à un recadrage, et en aucun cas à une augmentation de la distance focale. Celle-ci répond aux lois de l’optique : c’est la distance qui sépare le centre optique du plan focal (autrement dit, le film ou le capteur). Si je coupe mon format 35mm pour garder 1mm au centre, je n’aurai pas pour autant un 100mm transformé en 3000 mm ! On parle donc bien de focales « équivalentes ».Canon a depuis sorti une gamme EF-S (ou DX chez Nikon) qui ne se monte que sur les boîtiers APS-C, couvrant un cercle d’image plus petit. Ceci permet de concevoir des optiques plus petites, plus légères, et moins chères, au moins en théorie. Il existe notamment un 10-22 f/3.5-4.5 pour compenser la perte d’ultra grand angle. Toutefois, ça ne solutionne pas entièrement le problème. En effet, le diamètre des lentilles est divisé par 1.6, mais pas la distance de la baïonnette au plan film ! Celle-ci diminue grâce au miroir de la chambre reflex plus petit sur les APS, autorisant les optiques EF-S à reculer dans la chambre, mais pas d’un facteur 1.6. Il est ainsi quasi impossible de fabriquer un 10-22 f/2.8 même pour APS, à moins de construire un monstre lourd et extrêmement coûteux, avec des performances par forcément intéressantes. D’autant plus que pour retrouver notre 16-35 f/2.8, il ne faudrait pas un 10-22 f/2.8, mais un 10-22 f/1.8, car le crop-factor ne joue pas uniquement sur l’angle de champ.• crop-factor et Profondeur de champ (PdC).PdCLa profondeur de champ correspond à la zone de netteté le long de l’axe optique. Si un sujet est en avant ou en arrière de cette zone, il apparaîtra flou. La démarcation n’est bien sur pas nette, mais progressive, de plus en plus flou en s’écartant de cette zone. Cette zone est définie par la distance focale, l’ouverture du diaphragme, la distance du sujet, le cercle de confusion, et la taille du capteur. Le cercle de confusion est, en bref, la taille des détails que l’on est capable de distinguer, et permet de délimiter la zone nette de la zone floue. Ce paramètre dépend de beaucoup de choses, notamment de la taille du tirage et de la distance à laquelle on le regarde. Le simple fait d’inclure le cercle de confusion dans la relation fait qu’on pourrait écrire un livre entier sur la définition de la profondeur de champ, surtout depuis l’apparition des capteurs et de leurs minuscules photosites.Le recadrage de l’APS a une conséquence immédiate sur l’angle de champ, comme on vient de le voir. Ainsi, à cadrage identique, on sera plus loin, ou avec une focale plus courte, qu’avec un 35FF. Celui-ci aura donc une PdC plus restreinte qu’un APS. Il faudra alors compenser sur l’APS en ouvrant le diaph (si on peut !). Une faible PdC est recherchée en portrait par exemple. Inversement, en paysage, il faudra fermer plus sur le FF pour retrouver la PdC d’un APS. A chacun de voir selon son utilisation.
35FF, 80mm, f/2.8, 5m du sujet : PdC de 0.7m
 APS, 50mm, f/2.8, 5m du sujet : PdC de 1.16m (Cadrage identique)
 APS, 80mm, f/2.8, 8m du sujet : PdC de 1.15m (Cadrage identique)
 APS, 80 mm, f/2.8, 5m du sujet : PdC de 0.4m (Cadrage différent)
 35FF, 80mm, f/4, 5m du sujet : PdC de 1.02m (Cadrage identique)

On voit ainsi que pour avoir la même prise de vue, il faut comparer un 35FF à 80mm f/4.5 avec un APS à 50mm f/2.8. La différence en terme de PdC est donc d’un peu plus d’un diaph.

• Aparté sur la perspective.

Toutefois, un autre aspect change entre ces deux formats. A cadrage identique, le fait de devoir s’éloigner du sujet change la perspective, qui est uniquement fonction de la distance objectif-sujet. Par exemple, une photo prise avec un 35FF, à 80mm, à 5m du sujet, n’aura pas la même perspective qu’une photo cadrée de la même façon avec un APS, à 80mm, mais à 8m du sujet. Elle aura par contre bien la même perspective qu’une photo faite avec un APS cette fois-ci à 50mm, à 5m du sujet. Pour reprendre l’exemple cité plus haut avec notre 85mm en portrait, le fait d’avoir un équivalent 136mm en APS peux être compensé en reculant, mais la perspective change alors, ce qui est particulièrement visible en portrait. Il faudra donc changer d’objectif pour un 50mm, et ainsi garder la même distance de travail, donc la même perspective.
– Même cadrage, même objectif : la distance avec le sujet change, donc la perspective change.
– Même distance avec le sujet, même objectif : la perspective ne change (mais le cadrage change).
– Même distance avec le sujet, même cadrage : changement d’objectif.

Le crop-factor, ou plutôt la plus petite taille du capteur APS, joue donc sur l’angle de champ et sur la profondeur de champ. Et, si on veut conserver le même cadrage avec la même optique (et uniquement dans ce cas), sur la perspective, et non plus sur l’angle de champ.

• crop-factor et densité des pixels (pixel density).

pixel densityOn a vu ci-dessus qu’avec un capteur APS, on obtient une distance focale équivalente à 1.6x celle d’un 35mm. Mais c’est oublier un autre paramètre très important, la densité des pixels du capteur, autrement dit le ratio résolution/surface.
Penchons-nous sur le cas de la photo animalière, et arrêtons de raisonner à cadrage identique, mais cette fois-ci à distance du sujet identique.
Il devrait maintenant vous apparaître évident que notre capteur APS, se comportant comme un multiplicateur 1.6x, est avantagé par rapport au 35FF. Et ceci est vrai, si les deux ont le même nombre de pixels.
En effet, si vous raisonnez en terme de tirage papier, les deux capteurs, ayant le même nombres de pixels, pourront faire un tirage à taille identique, de qualité identique. Par contre, à la même distance du sujet, le sujet sera 1.6x plus large avec le capteur APS. Le capteur APS est certes plus petit, mais embarquant autant de pixels, une fois imprimé à taille identique, c’est bien le sujet qui sera plus « gros ». Inversement, si on faisait des tirages aux tailles respectives des capteurs, le sujet aurait la même taille, mais quel intérêt ?

APS 1
APS 1

Full Frame 1
35 1

APS 2
APS 2

APS 1 / 35 1 : tirages à la taille respective des capteurs. Le sujet à bien la même taille sur le papier.
35 1 / APS 2 : tirages de même taille/même résolution. Le sujet est bien 1.6x plus large avec l’APS.

Bingo ! Certes on perd en grand angle, mais on y gagne en longue focale, lorsqu’il devient problématique de s’approcher d’avantage du sujet. Oui, mais pas si vite ! Nous avons considéré ici que nos deux capteurs avaient le même nombre de pixels, or ce n’est pas toujours le cas. Il existe un peu de tout, des APS 6mp, 8mp, 10mp, 12mp, et des 35FF 11mp, 12.7mp, 16mp, et même 36mp (Nikon D800). Comment et pourquoi cela influe-t-il sur le crop-factor ?
Si notre capteur 35FF a plus de pixels que notre APS, nous pourrons recadrer manuellement l’image du 35FF en conservant le même nombre de pixels que notre APS. Ainsi, nous « grossirons » également notre image FF, toujours à tirage identique (nombre de pixels identique). La question qui se pose alors est de savoir de combien nous devons disposer de pixels en plus sur notre FF pour recadrer manuellement au facteur 1.6x tout en conservant le même nombre de pixels qu’en APS, ce qui annulerait alors le crop-factor de l’APS.
Pour déterminer ce coefficient, il suffit de raisonner en densité des pixels. Le pixel étant une surface, si on veut obtenir le même nombre de pixels une fois recadré à 1.6x, notre FF devra avoir 1.6² = 2.56 fois plus de pixels que l’APS.

Prenons quelques cas concrets. Un 10D possède un crop-factor de 1.6, et 6.3mp. Un 5D possède un crop-factor de 1 (FF), et 12.7mp.
Si on recadre le 5D comme le 10D, on obtient 12.7/1.6² = 4.96mp. Notre 10D a donc bien un avantage, mais bien plus minime que son crop-factor de 1.6.
Prenons maintenant un 1DsII de 16.6mp contre notre 10D. En recadrant l’image du 1DsII à 1.6, on obtient 16.6/1.6²=6.5mp ! L’avantage en longue focale du 10D APS sur le 1DsII 35FF est donc NUL !

• Il en ressort que le crop-factor seul n’est pas une bonne indication, et qu’il est à rapprocher de la densité des pixels. Je me permets donc d’avancer une autre manière de voir les choses, en définissant un « facteur de rapprochement ».
Soit rp le rapport entre le nombre de pixels du grand capteur sur celui du petit capteur, et cf le crop-factor du petit capteur par rapport au grand capteur (ici un 35mm). Je pose alors :

fr = cf / rac (rp)

Vérifions cela avec les deux cas cités plus haut : Entre 10D et 5D, rp = 12.7 / 6.3 = 2.015
fr du 10D par rapport au 5D = cf / rac (rp) = 1.6 / rac (2.015) = 1.12
Le crop-factor réel du 10D par rapport au 5D est donc de 1.12 ! En reprenant le calcul plus haut, cela correspond bien à la racine de 6.3/4.96.
Entre 10D et 1DsII, rp = 16.6 / 6.3 = 2.63. fr = 1.6 / rac (2.63) = 0.98 !
En fait, notre 10D, malgré sont crop-factor de 1.6, a un facteur de rapprochement moins intéressant que le 1DsII !

Ces résultats ne sont pas à prendre à la virgule, il faudrait en fait calculer précisément la taille des capteurs pour avoir un crop-factor plus précis, et également prendre la résolution exacte des fichiers plutôt que le nombre de pixels indiqués par les fabricants. Mais ils permettent quand même de se rendre compte que considérer uniquement le crop-factor n’apporte finalement rien. Ainsi, même en chasse animalière, un 1DsII 35FF sera plus intéressant, toute chose égale par ailleurs, qu’un 10D APS !

• Le flou de bougé.

La densité des pixels influe directement sur un autre phénomène : le flou de bougé. En effet, celui-ci est du au fait que pendant le temps de pose, un tremblement provoquant une translation et/ou une rotation du boîtier fait qu’un même rayon lumineux va « balayer » le capteur. Le même rayon lumineux (en provenance du même endroit), au lieu de heurter le capteur en un seul point, va produire un trait dont la longueur dépend de l’amplitude du mouvement pendant le temps de pose. Ainsi, avec un même mouvement, si le temps de pose est suffisamment court, un rayon lumineux n’aura pas le temps de balayer le capteur et le heurtera donc en un seul point. Il pourra même balayer la largeur d’un pixel, il renseignera alors le même pixel, ne provoquant pas de flou.
Le flou de bougé est donc fonction du bougé (en terme d’amplitude) et du temps de pose. Mais on voit bien que si on augmente la densité des pixels, donc on diminue leur largeur, dans les même conditions notre rayon lumineux pourra venir heurter un autre pixel adjacent ! La densité des pixels influe donc directement sur le flou de bougé, et donc sur la fameuse vitesse de sécurité. Généralement, cette vitesse de sécurité est de l’ordre de 1/f, donc à 400mm, il faudra au minimum 1/400èm en vitesse pour éviter ce flou de bougé. APS ou FF, la taille du capteur, à densité égale, n’influence en rien cette règle ! L’arrivé des 6mp dans les reflex a d’ailleurs fait évoluer cette règle vers 1/1.6f, il n’y a pourtant pas de rapport avec le format du capteur, encore une fois. Par contre, effectivement, un capteur FF de 12mp sera bien plus tolérant qu’un capteur APS de 12mp, puisque l’APS aura une densité des pixels bien plus élevée !
Il est d’ailleurs amusant de noter qu’effectivement les reflex APS de 6mp on fait évoluer cette règle, donc on peux logiquement se dire que la densité d’un capteur 6mp APS atteint voire dépasse la résolution d’un film, ce qui amène notre film 24×36 à un équivalent de 6 x 1.62 = 15.3mp… Rien de scientifique là dedans mais c’est une piste.
Ce phénomène dépend aussi d’autres choses, comme le poids et l’équilibrage du boîtier, la conception du système de miroir de la cage reflex qui peux provoquer plus ou moins de vibration, et, surtout, ne l’oublions pas, du photographe ! Car nous ne sommes pas tous égaux face à ce phénomène. Un même photographe n’est pas constant non plus, suivant la fatigue, le stress, etc. Il faudra donc bien connaître son boîtier et soi même pour trouver sa propre vitesse de sécurité.

• Aparté sur la diffraction

La densité des pixels joue également sur la diffraction, qui apparaîtra plus tôt avec des photosites plus petits (densité plus élevée). Ainsi, on a vu qu’en paysage, il faudrait fermer d’1.5 diaph en 35FF par rapport à l’APS pour avoir la même profondeur de champ. Le problème se pose aussi en macro. On aurait tendance à penser qu’on peut toujours fermer plus, au moins jusqu’à f/22, limite de la plupart des objectifs, mais c’est oublier la diffraction, phénomène optique accentué par le capteur, qui provoque une chute du piqué. Il est ainsi peu conseillé de fermer à plus f/11 sur un 8mp APS. Inversement, on peut fermer jusqu’à f/16 sur un 12mp 35FF comme le 5D. On aura donc plus de contrôle sur la profondeur de champ avec un 35FF, mais si on veut conserver la densité de pixel de l’APS pour annuler le crop-factor, alors on perd cette capacité à diaphragmer plus et compenser ainsi la « perte » de profondeur de champ ! Toutefois, la diffraction étant un phénomène provenant uniquement de l’objectif, à taille de tirage égale, elle sera identique qu’elle que soit la densité des pixels.

• Ça se complique …

micro lensesOn a donc vu que le crop-factor jouait sur l’angle de champ et la profondeur de champ, et qu’il fallait relativiser ce crop-factor par rapport à la densité des pixels.

Si les calculs ci-dessus s’avèrent exacts, ils restent malgré tout dans le domaine de la théorie. En effet, il faut encore relativiser ces résultats en fonction de la performance des capteurs ! Autrement dit, ces calculs sont exacts pour des capteurs de performances égales. Dans les faits, si on prend notre 10D et notre 5D, malgré ses 5mp une fois recadrée, l’image du 5D sera de meilleure qualité que celle du 10D, et donc plus exploitable et imprimable en plus grand format, malgré le crop-factor réel de 1.12 en faveur du 10D. Beaucoup de choses influent sur la qualité de l’image, entre autre l’agressivité du filtre passe bas, le réseau de micro-lentilles, le rendement des photosites, et le traitement du DSP, sans parler du dématriçage, car on peut faire les prises vue en raw et bénéficier du même dématriçage sur les deux fichiers. Un autre phénomène entre en jeux, le bruit. Un capteur de plus faible densité aura des photosites plus gros, autrement dit un meilleur rendement signal/bruit, donc une meilleure qualité d’image au final.
On pourrait ainsi aller encore plus loin en incluant la FTM de chaque capteur dans la relation, mais ce serait se rapprocher dangereusement de l’enc …. de mouche !!

• Conclusion

Le format APS a été conçu, ou plutôt adapté, sur les bases du 35mm. Intérêt direct, les boîtiers sont de la même conception, on n’est donc pas perdus, et il n’est pas nécessaire de changer tout notre parc optique !
Toutefois, il faut bien comprendre que ces optiques ne sont plus utilisées en APS comme prévues en 35mm, en terme de profondeur de champ et d’angle de champ, voire de perspective si on veut conserver le même cadrage avec la même optique (il faudra donc changer d’optique pour des utilisations précises), à ce moment-là l’angle de champ ne varie pas.
De plus, les optiques répondent à des contraintes, la première étant simple : pour une taille de capteur, on obtient une taille de miroir pour la visée. Ce miroir, mobile, fixe la distance entre la baïonnette et le plan focal. En 35mm, cela rend la conception des ultra grands-angles (UGA) en dessous de 16mm très compliquée, surtout si on veut aussi une grande ouverture (et en zoom !). Le format APS, utilisant la même baïonnette, en reprend les inconvénients, mais plus marqués, puisque nos 16mm correspondent à une focale de 22mm. Bien sûr, le cercle d’image à couvrir est plus petit, mais la distance baïonnette/plan focal n’est pas divisée par 1.6 ! Bon courage pour concevoir un 10 f/1.8 correspondant à un 16mm f/2.8, même en APS ! Quand à remplacer nos 24/1.4 ou 50 /1.2, on n’en parle même pas.
Ceux qui utilisent de très grands-angles et/ou aiment les grandes ouvertures n’ont donc pas le choix et doivent continuer en 35mm, numérique ou pas. De plus, si on veut faire de très grands tirages, pas de secret il faut des pixels, et de bons pixels (plein de bons gros pixels !). Là, le 35FF est roi, puisqu’en ayant plus de surface, il bénéficie de plus de photosites plus gros, ayant chacun un meilleur rendement. En conservant une densité de pixels raisonnable, on évite également de côtoyer la limite de résolution des optiques.

En chasse animalière, où on cherche toujours une focale plus longue,il faut relativiser le crop-factor en fonction de la densité de pixels des capteurs, mais aussi en fonction de leurs performances. Toutefois, pour un photographe cherchant un boitier pour de l’animalier exclusivement, et qui n’aura donc jamais besoin de la partie du format perdue dans le recadrage, il n’y aura pas d’intérêt au 35FF, puisqu’à densité de pixels égale, l’APS sera toujours moins cher. Et pourquoi acheter un capteur pour en recadrer systématiquement 40% des pixels !
L’APS a un autre avantage, c’est de n’utiliser que la partie centrale du cercle image des optiques prévues pour le 35mm, quasiment exempt d’aberrations chromatiques, de vignetage et de perte de piqué dans les angles. Ce qui n’est plus vrai pour des optiques conçues pour l’APS, puisqu’on utilise alors de nouveau tout le cercle d’image !

Concernant le viseur, pour faire court, ceux des 35FF sont nettement plus grands et plus lumineux ! Mais pas en proportion du crop-factor, du coup, si c’est vrai à cadrage identique, l’APS prend le dessus à distance du sujet identique (animalier par exemple), le sujet prenant une plus grande proportion dans le viseur. C’est plus sensible sur les viseurs de D200 ou D80, les Canon APS ayant des viseurs particulièrement petits (les fameux « trous de serrure »).

On voit ainsi que le passage en APS ne se fait pas sans difficultés, et on comprend pourquoi nombre de professionnels, notamment en studio, ont attendu la sortie des 1Ds et 1DsII FF pour passer au numérique. Inversement, le recadrage du capteur peut aussi présenter un intérêt en animalier. Le choix est donc une histoire de compromis qui n’appartient qu’au photographe. Je pense tout de même que tant qu’on ne changera pas de baïonnette et de chambre reflex, le meilleur compromis du format 35mm reste d’utiliser tout le cercle d’image possible. Aux fabricants d’optiques d’assurer la qualité de celles-ci, particulièrement dans les angles.
Il faut bien comprendre aussi qu’aujourd’hui, n’importe quel reflex de 8mp ou plus permet de faire des tirages 30×45 de très bonne qualité. Il faut donc relativiser par rapport à l’usage qu’on fera de son boîtier et de ses fichiers. J’ai sortie nombre de 30x45cm à partir de mon 300D, un pauvre vieux 6mp (en raw, traités aux petits oignons quand même), et n’ai pas grand chose à redire dessus, même si on est à la limite. Le 1DsII par exemple, sort des 60x90cm de bien meilleure qualité !

N’hésitez pas à commenter cet article pour en discuter !

Publié par

Nicolas Genette

Auteur Photographe

12 réflexions au sujet de « Le « crop factor » expliqué : FF contre APS. »

  1. Très précis et entièrement d’accord avec cette analyse, je possède le Nikon D300s et diverses optiques DX, puis actuellement mon passage au FX avec le D600, mais ce passage ne se fait pas sans frais, un FX qui coûte ce qu’à coûté le D300s à sa sortie, mais ils ne sont pas Kon chez NiKon, si on veut profiter pleinement du format et de sa technique évoluée, capteur 24mpxl etc… Les optiques doivent suivre, pas question d’une optique kit, le 24/85… Le 24/70 f:2.8 d’accord pour profiter pleinement des technologies proposées, ils savent ce qu’ils font!

    Je ne me débarrasse pas du 300s du DX 16/85 et DX 10/24, trop bons et possèdent quand même ses avantages par rapport au FX!

    Bien à toi Roger

    1. Effectivement chaque système a ses avantages. Comme tu le souligne, le FF a un prix, mais il ne faut pas oublier que des optiques type 24/70 f:2.8 sont plus cher à produire. Le cercle d’image est plus large, donc lentilles plus grosse, et souvent de meilleure qualité (verre UD, traitement de surface, etc). Donc budget plus gros, mais si on peux se le permettre, on gagne en qualité … mais pas en poids 😉
      Merci,
      Nico

  2. Parfaitement bien expliqué, cela ne m’avance pas vraiment puisque j’avais déjà compris les grandes lignes, en revanche j’utilise un 550D de canon, éssentiellement pour des réalisations de clip vidéo proféssionnel. Mais voulant passer à du concret et surtout à du capteur 35mm FF, j’ai le choix entre un 5D ll ou un 5D lll, mais aussi une blackmagic 4K pour le même prix…mais je suis pour des raisons technique plus attiré par une blackmagic 2,5k ( crop à 2,3 ) et là ça fait mal mais son prix est de 1500€. Du coup j’hésite

    1. Bonjour,
      En DSLR, le 5DIII est excellent en vidéo. On en utilise un au boulot pour çà. C’est encore mieux avec le firmware MagicLantern, pour shooter en raw et avoir une dynamique plus large.
      Les BlackMagic sont elle vraiment meilleures, avec justement une plage dynamique plus large, donc au final un résultat plus fin après grading. Pour de la vidéo pro, j’irai plutôt là dessus, et rien ne vous empêche de la prendre en monture EF pour y mettre vos objos Canon. Entre les 2.5k et 4k, la taille du capteur n’est pas la même non plus (15×9 contre 21×12), et loin du 36×24 … C’est même plus petit que l’APS-C (23×15). Et c’est précisément pour çà que les DSLR sont appréciés en vidéo ! En gros, dynamique contre grand capteur 🙂

  3. quelle est l objectif le plus adapter pour avoir la focal d un objectif 24 70 mm 2.8 sur un boitier crop et merci

    1. Bonjour,
      En théorie, il faudrait un 15-44 f/1.8.
      Ensuite, tout dépend de votre boitier (monture) et si vous voulez l’équivalent en focales, en ouverture, ou les deux ?
      Sigma 18-35mm 1.8 DC HSM, Tamron SP 15-30 mm f/2,8, Canon 16-35 (f/4 ou 2.8), etc ?

  4. Bonjour,
    Débutante en photographie, je souhaite acquérir un APS-C canon 80D .
    Je viens du Micro 4/3 et utilisais un 14-42 mm qui me convenait parfaitement (distance par rapport à mon sujet) pour des photos de sport.
    je crois savoir que pour retrouver les équivalences M4/3 pour passage à APS-C CANON je dois multiplier par 1,6.
    Je devrais donc choisir un objectif EF-S, et le 18-135 mm f3.5-5.6 me conviendrait car il correspondrait à du 11-84mm en M4/3? mais je ne le trouve pas assez lumineux .(18 : 1.6 =11mm et 135/1.6 = 84mm)
    Je souhaiterai donc acquérir un EF 24-105 mm F/4 L IS ? mais voilà je m’y perds dans les équivalences !
    Comme c’est un objectif concu pour FF gamme L, qu’elle focale donnera t il une fois installé sur L’APS C ? et que me conseillez vous pour respecter l’équivalent du 14-42 mm M4/3 en ojectif lumineux.
    Mille mercis pour vos réponses

    1. Bonjour,
      Les focales des objectifs ne dépendent pas des capteurs. Donc en m4/3 (qui a un crop factor de 2), votre 14-42 correspond à un 28-84 sur plein format. Pour retrouver cela sur un APSC il vous faudrait un 17-52 (17*1.6 = 14*2).
      Vous avez plusieurs possibilités dans ce range, notamment les Canon EF-S 17-55 f2.8 IS, Canon EF-S 15-85mm f/3.5-5.6 IS USM, Sigma 17-50 f2.8 OS, et surement d’autres. Attention, ceux là sont des objectifs EF-S pour les capteurs APSC qui ne pourront pas être montés sur des capteurs plein formats si vous changez de boitier plus tard.

Postez un commentaire