Réfléchir et mesurer la lumière

Vingtième
Studio, Mars 2014
Collection Divergence

Voici un petit article sur la lumière et la façon de la mesurer en photographie pour mieux comprendre l’exposition. Tout les appareils modernes possèdent une cellule pour mesurer la lumière, et proposent les programmes classiques, semi-automatique, de priorité à l’ouverture ou au temps de pose. De plus, avec l’histogramme affiché après chaque photo, il suffit de compenser un peu pour avoir la bonne expo. Pourtant, presque tout les photographes de studio utilisent encore des flashmètres, comme le faisaient les photographes il y a 50ans, bien avant le numérique. Je vais donc essayer de vous montrer ici les limites de la mesure des boîtiers, et l’intérêt de la mesure avec un posemètre, sans toutefois entrer dans les détails d’un éclairage de studio.

La lumière

En dehors de la dualité onde-corpuscule de la lumière, elle est constituée de photons, la plus petite quantité d’énergie indivisible de la lumière, et constituent un ensemble d’ondes électromagnétiques. La lumière visible, qui nous intéresse ici, est comprises dans des longueurs d’onde de 380nm (violet) à 780nm (rouge).

Si cet ensemble d’ondes est équilibré, on parle de lumière blanche. C’est l’addition de toutes les couleurs. Mais la lumière n’est pas toujours blanche, elle peut par exemple comporter moins d’ondes bleues (donc être jaune), ce qui change la ‘température de couleur’ de la lumière (exprimée en K, Kelvin.)
Sur un flash, celle-ci dépend directement du tube du flash (température et uniformité), mais aussi des réflecteurs et accessoires (bol-beauté, parapluie, softbox, snoot, etc.) qui, tous, vont jouer sur la diffusion et sur la température de couleur de la lumière émise par le flash. On peut ainsi avoir une lumière froide ou chaude, une lumière dure ou douce, focalisée ou non, etc … On parle de qualité de la lumière !

La Gachère 3
Bretignolles, Mai 2014
Collection Cesure

En extérieur, la qualité de la lumière du soleil varie au cours de la journée, et suivant la météo. Elle sera par exemple plus chaude et plus douce le soir qu’à midi. En effet, à midi, la lumière du soleil emprunte le chemin le plus court au travers de l’atmosphère, à la perpendiculaire. La lumière est peu diffusée dans l’atmosphère. Cette lumière est blanche, car elle comporte tout le spectre visible. Or cette diffusion dans l’atmosphère se fait surtout sur les ondes de couleurs bleues, ainsi plus la lumière du soleil traverse l’atmosphère, moins celle-ci sera bleue, donc plus est sera jaune. Le soir, elle traverse une plus grande distance dans l’atmosphère, donc est encore moins bleue. Cette diffusion du bleu dans l’atmosphère donne d’ailleurs la couleur bleue du ciel.
En studio, on peux reproduire ce comportement, et même plus, avec des gels de couleur qui vont absorber certaines ondes de la lumière émise, et donner un éclairage plus chaud ou froid. L’utilisation de diffuseurs ou de réflecteurs teintés également, mais ceux-ci auront d’autres impacts, en augmentant la surface d’éclairement donc en adoucissant les ombres, mais en diminuant l’intensité. Les possibilités de modification de rendu de la lumière sont immenses en studio, et nécessiterai un livre entier … Un véritable terrain de jeux à base de photons !

• Il faut distinguer plusieurs étapes sur le parcours de la lumière. La source émet la lumière (lumière émise), celle-ci atteint le sujet (lumière incidente), et est ensuite renvoyée par le sujet (lumière réfléchie), dont une partie va atteindre l’objectif de notre appareil photo (ou notre œil) !
L’intensité d’une onde, donc de la lumière, est l’énergie qu’elle transporte (fonction de l’amplitude de l’onde), par unité de surface. Lors de son parcours, l’intensité de la lumière diminue selon le carré de la distance parcourue (inverse square decay). Ainsi, si vous doublez la distance entre votre sujet et un flash, la quantité de lumière reçu par le sujet sera divisée par quatre ! Si un flash se trouve à 1m de votre sujet, écartez le à 3m, vous aurez 9 fois moins de lumière sur le sujet (l’éloignement à d’autres impacts sur la dureté de la lumière, mais ce n’est pas le sujet ici) !

• Maintenant, il va falloir fixer notre sujet, éclairé par cette lumière, sur notre capteur (ou film). En photographie, nous disposons de trois paramètres pour contrôler la quantité de lumière qui va atteindre le capteur, et ainsi contrôler l’exposition :

  • Les isos (50, 100, 200, 400 etc.) : C’est la sensibilité à la lumière. Plus le support est sensible, moins on aura besoin de lumière. Sur les films, plus les grains d’halogénure d’argent sont gros, plus ils réagissent vite sous l’action de la lumière. D’où le grain des photos argentiques en haute sensibilité. Un capteur, lui, n’a qu’une seule sensibilité native, généralement autour de 100iso, et les autres sensibilités sont obtenues par amplification du signal.
    Rmq : L’autre conséquence de l’augmentation des isos est d’augmenter le grain et de réduire la dynamique de l’image (la valeur de contraste acceptable par le support).
  • Le temps de pose (1/100, 1/50, 1/25 etc.) : C’est le temps d’exposition du capteur. Au déclenchement, on ouvre un rideau devant le capteur, celui-ci reste ouvert le temps de pose, puis se referme. Plus le temps de pose est long, plus il y a de lumière à atteindre le capteur.
    Rmq : L’autre conséquence de l’augmentation du temps de pose est de flouter les objets mobiles.
  • Le diaphragme (f/5.6, f/4, f/2.8, f/2 etc.) : C’est l’ouverture du trou par lequel passe la lumière dans l’objectif. Plus le trou est large, plus la lumière rentre. Cette ouverture représentant une surface, l’ouverture supérieur est multipliée par √2 (1.141). Le diamètre de l’ouverture est fonction de la focale, c’est pourquoi on le note f/x. Ainsi, f/2.8 représente une ouverture plus grande que f/4 !
    Rmq : L’autre conséquence de l’augmentation de l’ouverture est de réduire la profondeur de champ.


La même scène, avec des paramètres laissant entrer trop peu de lumière (sous-exposition), la bonne quantité, puis trop de lumière (sur-exposition).

En gros, c’est encore une histoire de robinet ! Si vous avez une grande baignoire et un petit robinet, faudra laisser couler l’eau longtemps pour la remplir. Si vous avez une petite baignoire et un gros robinet, elle va se remplir très vite ! On peux donc contrôler la taille de la baignoire, le débit du robinet, et le temps pendant lequel on va laisser couler l’eau. Mais on ne connaît pas la quantité d’eau dont on dispose ! Il va donc bien falloir mesurer cette quantité, si on veux prendre un bon bain, sans inonder la pièce !
Pour une exposition donnée, chaque action sur un des paramètres, entraîne une action sur un autre paramètre pour compenser, et conserver la même exposition. Par exemple, si on double la sensibilité (de 100 à 200iso), il va falloir fermer d’un diaph (de f/2.8 à f/4) ou diviser le temps de pose par deux (de 1/50 à 1/100).

• Par convention, chaque passage à l’indice supérieur d’un des paramètre double la quantité de lumière atteignant le film/capteur. Par exemple, de 100 à 200iso, ou de 1/100 à 1/50, ou de f/4 à f/2.8. On parle alors de ‘diaph’, un diaph d’écart entre deux prises de vue signifie que l’une a reçue deux fois plus de lumière que l’autre.
Iso : 25 – 50 – 100 – 200 – 400 – 800 – 1600 – 3200 – 6400 – 12800
Pose : 1″ – 1/2 – 1/4 – 1/8 – 1/15 – 1/30 – 1/60 – 1/125 – 1/250 – 1/500 – 1/1000
Ouverture : 1 – 1,4 – 2 – 2,8 – 4 – 5,6 – 8 – 11 – 16 – 22

En fonction de ce trio, on peux calculer l’indice de luminosité (IL) de la scène. C’est ce que fait, en sens inverse, le posemètre. La norme 0IL est fixée pour 100iso, f/1, 1sec. Ce qui peux aussi être 100iso, f/1.4, 2sec par exemple. 1IL de luminosité correspondra donc, par exemple, à 100iso, f/1.4, 1sec, soit deux fois plus de lumière que 0IL.
Et pour compliquer un peu le tout, la plupart des appareils permettent de régler ces paramètres pas seulement en diaph entier, mais en 1/2 ou en 1/3 de diaph, permettant de contrôler plus précisément l’exposition. (iso 100, 125, 160, 200 etc.).

Mesure des appareils photo

Les appareils photo modernes intègrent tous une cellule (un posemètre) pour mesurer la lumière, et ainsi proposer, en dehors du mode manuel, les modes habituels Av et Tv, voir iso-auto. Ainsi, connaissant la quantité de lumière qu’il faut laisser entrer pour avoir une exposition correcte, vous fixez deux paramètres, et l’appareil règle automatiquement le troisième. Et, petite révolution avec le numérique, immédiatement après la prise de vue, vous avez un aperçu du résultat à l’écran, avec en prime un histogramme, vous donnant la répartition des pixels entre le noir (les pixels bouchés) et le blanc (les pixels cramés). On peut donc immédiatement vérifier l’exposition calculée par le boîtier, et la corriger si nécessaire avec une compensation d’expo et refaire la prise de vue. Le paradis, non ? Pas si sûr …

• La cellule des boîtiers photo, se trouvant dans le boîtier (sic), mesure la lumière que renvoie le sujet vers l’objectif. La lumière traverse alors l’objectif, passe au travers du miroir principal, rebondi sur le second miroir, et atterri (ouf) sur le posemètre. Mais on s’en fout, ce qui est important, c’est qu’elle mesure effectivement la lumière renvoyée par le sujet. On parle de mesure de lumière réfléchie. Et là, çà complique fortement les choses !

Fane n°2
Studio, Septembre 2009
Collection Nature

En effet, le posemètre de l’appareil n’a aucun moyen de connaître la luminosité du sujet, mais seulement la quantité de lumière qu’il renvoie. Par exemple, un sujet blanc renverra beaucoup plus de lumière qu’un sujet noir. Mais le posemètre n’en sait rien, il est donc obligé de faire une approximation, pour que tous les sujets puissent être photographiés à peu prêt correctement. Ainsi, dans tous les cas, le posemètre adaptera les paramètres de prises de vue afin que le sujet apparaisse neutre, comme si c’était un gris moyen. C’est le fameux gris à 18%, correspondant pour l’œil à un gris moyen (Les posemètre sont d’ailleurs plutôt calibrés sur un gris à 12%, mais c’est une longue histoire, d’une vielle croyance…). Ce gris moyen n’a pas été choisi au hasard, puisque dans la plupart des cas, il correspond à la luminosité moyenne des scènes photographiées. Si dans la majorité des cas, ce type de mesure peut suffire, c’est souvent problématique, et il faut apprendre et comprendre comment elle fonctionne pour compenser les erreurs inhérentes à son fonctionnement :

Sur une scène sombre, la cellule estimant avoir à faire à un gris moyen, l’exposition sera surexposée. Les noirs deviennent gris. Inversement sur une scène claire, l’exposition sera sous-exposée, ramenant les blancs vers le gris moyen. Ainsi, si bien souvent la luminosité moyenne de la scène correspond à un gris moyen, quand ce n’est pas le cas, la mesure se plantera forcément. La cellule n’a aucun moyen de connaître la luminosité réelle des objets, donc aucun moyen d’exposer correctement !

Les fabricants, bien conscients du problème, on mit au point plusieurs algorithmes de calcul afin de mettre toutes les chances de leur coté. On a la plupart du temps le choix entre une mesure spot, une mesure sélective, une mesure pondéré centrale, ou une mesure matricielle :

• Mesure spot : Cette mesure est effectuée sur une petite partie de la scène, correspondant à un cône entre 1 et 5° suivant les appareils. Elle est donc extrêmement sélective, et intéressante dans les cas difficiles. Si vous mesurez, en mesure spot, une zone de gris moyen, votre exposition sera correcte. Mais vous pouvez aussi mesurer les hautes lumières, et compenser l’exposition pour éviter la sous-ex induite par la cellule. Par exemple, si vous mesurez sur un blanc très fort (type mur blanc en plein soleil), vous pouvez sur-exposer de 3IL. Sur un blanc ‘normal’, sur-exposez de 2IL. De même, si vous mesurez sur des noirs, sous-exposez de 2IL, ainsi vos noirs seront noirs !
Certains boîtiers possèdent également une mesure ‘multi-spot’. Celle-ci permet de mémoriser plusieurs mesures spots, qui s’affichent alors dans le viseur sur la barre d’exposition, et vous permet de connaître l’écart (ou le contraste) de votre scène, et de favoriser certaines zones.
• Mesure sélective : Celle-ci donne une grande importance au centre de l’image pour que celui-ci soit bien exposé.
Mesure pondéré centrale : Comme la mesure sélective, celle-ci accorde une grande importance au centre de l’image, mais pondérée par la position du collimateur autofocus (là où est fait le point) pour s’assurer que le sujet (sensé être à l’endroit du collimateur AF) sera bien exposé.
• Mesure matricielle (ou évaluative) : Celle-ci est faites indépendamment sur plusieurs zones de l’image, et réalise ensuite une moyenne de ces zones, en comparant une analyse de la scène avec une base de données de cas réels et représentatifs, afin d’éviter la plupart des pièges. Elle fonctionne généralement bien, mais dans des cas difficiles, de fort contraste par exemple, elle a tendance à sous exposer pour ne pas cramer les zones de hautes lumières, où qu’elles soient dans l’image.

Dans tout les cas, la cellule analyse la scène selon le mode de mesure, et calcule les paramètres de prise de vue pour que cette mesure donne un gris moyen comme résultat. Il faudra donc garder cela à l’esprit, et ne pas hésiter à compenser l’exposition. Par exemple, si l’ensemble de la scène est très claire, réglez une compensation d’exposition en sur-ex afin d’obtenir ce rendu clair, ou inversement pour une scène sombre. La plupart des appareils permettent des compensations d’exposition par 1/2 diaph ou 1/3 de diaph. L’expérience et la  »lecture » de la luminosité de la scène permet alors d’anticiper le comportement de la cellule du boîtier, et de compenser en fonction.

Mesure avec un posemètre

sekonicUn posemètre est un appareil entièrement dédié à la mesure de la lumière. Il est donc très spécialisé, et si il permet de mesurer la lumière réfléchie, comme la cellule de votre boîtier photo, il permet aussi et surtout de mesurer la lumière incidente ! Il possède un capteur, généralement placé sous un dôme hémisphérique qui capte la lumière environnante. Ce dôme peut être interchangeable, ou rétractable comme sur la plupart des posemètre Sekonic, pour différentes utilisations.
Aujourd’hui, la majorité des posemètres font aussi flashmètre, c’est à dire qu’ils sont capables de mesurer l’éclair d’un flash, et de combiner plusieurs mesures pour en déduire une exposition, mais aussi pour comparer plusieurs flashes.
Un posemètre fonctionne comme un appareil photo et possède plusieurs modes. On règle d’abord les isos comme sur le boîtier. Ensuite, on règle soit le temps de pose, et la mesure nous donne l’ouverture recommandée, ou l’ouverture, et la mesure nous donne le temps de pose. En mesure de lumière ambiante (sans flash), on règle l’ouverture, et la mesure nous donne le temps de pose. De prime abord assez compliqué, son usage est finalement assez simple.

La lumière incidente est la lumière qui frappe le sujet, avant de le toucher et d’être réfléchie. Une des conséquences est donc que la mesure ne se fait plus au niveau de l’appareil photo, mais du sujet. Et surtout, puisque cette lumière est mesurée avant de toucher le sujet, la mesure est totalement indépendante de celui-ci ! Noir gris ou blanc, la mesure sera la même !
Forcément, en photographie de paysage, ou souvent en extérieur, aller mesurer la lumière au niveau du sujet peut s’avérer problématique. Mais dans certaines situation compliquées, comme des contre jours, des scènes en plein jour sous la neige, un posemètre ne se trompera pas, contrairement à la plupart des mesures boitiers en lumière réfléchie… Et il est un endroit où le posemètre règne en maître incontesté : le studio !

Un posemètre est donc une excellente référence pour l’exposition, et permet de ne pas tenir compte du sujet. J’utilise personnellement une Sekonic L-358, qui possède un dôme rétractable. Dôme entièrement sortie, et dirigé vers l’appareil photo, celui-ci permet de capter l’ensemble de la lumière incidente, même si il y a plusieurs sources de lumières. Le capteur du posemètre intègre également l’angle d’incidence des rayons lumineux sur le dôme, pour calculer la lumière incidente globale, et donner les valeurs d’une exposition correcte.

Dans un studio, l’usage d’un posemètre/flashmètre est particulièrement intéressant avec l’usage de flashes. En effet, il faut déclencher les flashes pour pouvoir mesurer la lumière. Avec un boîtier photo, il faut prendre une photo, regarder l’histogramme, et ajuster l’exposition en fonction du résultat. Tout cela en ajustant également la puissance et l’emplacement de chaque flash. Ça finit par faire pas mal de prise de vue avant la bonne ! Avec un flashmètre, on peut déclencher les flashes pour mesurer la lumière, et ensuite reporter les paramètres sur le boîtier avant la prise de vue, ou ajuster les flashes comme on le désire avant de déclencher.
En mode flashmètre, on règle les isos et le temps de pose. Le flashmètre prend alors la mesure du flash (déclenchement manuel ou pas le flashmètre), et nous donne une ouverture. La plupart des flashmètres affichent également le pourcentage de lumière ambiante avec la mesure. En studio, avec des temps de pose courts et par rapport à la puissance des flashes, la lumière ambiante est généralement de 0%, mais pour du fill-in, ce renseignement est intéressant. A noter qu’en studio, le temps de pose n’est pas important pour l’exposition. Il peut permettre de doser la lumière ambiante, ou de figer un mouvement, mais un éclair de flash durant autour de 1/1000 de sec, que vous soyez à 1/50 ou 1/200 ne changera rien, car vous aurez dans les deux cas toute la lumière de l’éclair. On choisit donc généralement la vitesse de synchro du boitier, autour d’un 1/200.

• Si l’usage d’un flashmètre est un confort dans la mesure de l’exposition, c’est également un outil très puissant pour mettre au point un éclairage de studio, et être capable de le reproduire ensuite ! Car si on peut mesurer la lumière incidente globale, on peut aussi mesurer chaque flash indépendamment, et ainsi régler leur puissance les uns par rapport aux autres, pour obtenir le style d’éclairage désiré.

  • Mesure de l’exposition : Pour mesurer l’exposition, on souhaite récolter la lumière provenant de toutes les sources, dans toutes les directions. On fait donc la mesure dôme sorti, flashmètre au niveau du sujet, et dôme pointé vers l’objectif. Si le sujet est très excentré en terme de cadrage, privilégiez une direction parallèle à l’axe optique de l’objectif. Évitez bien sûr de vous mettre entre le sujet et la lumière ! Et vue qu’on mesure souvent face aux flashes, évitez également de s’habiller tout en blanc, sous peine de jouer les réflecteurs vivant et de fausser la mesure …
  • Mesure de ratios : Un ratio est un rapport entre deux sources de lumières, ou entre deux zones du sujets. On peut contrôler le ratio entre flash et lumière ambiante, entre deux flashes, ou entre les hautes lumières et les ombres du sujets. C’est ce qui va donner le contraste de l’image et l’atmosphère de la photo (avec la qualité des ombres, bien sûr).

Pour un ratio de flashes, on mesure chaque flash indépendamment, dôme rentré, au niveau du sujet, et dirigé vers le flash qu’on mesure. Suivant les flashmètres, on peut mémoriser cette mesure, mesurer un autre flash, et afficher directement le ratio.
Pour un ratio ombres/lumières, on mesure différents endroits du sujet, dôme sorti et dirigé vers l’objectif, en déclenchant tous les flashes, car la lumière des autres flashes peut être réfléchie (réflecteurs, murs etc.) et venir éclairer la zone qui nous intéresse.

Attention :

Nos Mains 16
Studio, Octobre 2014
Collection Fovea

Petit détail qui a son importance pendant le réglage des flashes : Un flash charge un gros condensateur, pour vider d’un coup une grande quantité d’énergie. Si votre flash est réglé à sa puissance max (1), il va se charger à 1, et donc le prochain déclenchement, même si vous le réglez ensuite à 1/4, se fera à 1 ! Il faut donc mesurer, régler, déclencher, et redéclencher/mesurer. Si vous passez de 1 à 1/8 et que votre mesure ne change pas, ne cherchez plus …
Pratique :
Il existe plusieurs systèmes pour le déclenchement de flashes à distance. Sans rentrer dans les détails, on peut utiliser un câble synchro, un déclenchement infrarouge (avec un flash speedlite ou une cellule dédiée), ou un déclenchement radio. Personnellement, ayant utilisé les trois solutions, j’utilise aujourd’hui uniquement des déclencheurs radios. Petits, légers, sans fil, sans les contraintes de l’infra-rouge, et fonctionne jusqu’à 70/80m sans problème. Il suffit alors d’avoir un émetteur sur le boîtier, et un récepteur sur chaque flash. Personnellement, j’ai aussi un émetteur sur le flashmètre Sekonic, ce qui me permet déclencher/mesurer les flashes depuis le flashmètre sans toucher au boitier. Un confort bien réel, et un contrôle absolu ! De plus, quand vous connaissez les ratios à utiliser pour tel ou tel style, il est très simple et rapide de recréer un éclairage complet. L’expérimentation est également grandement facilité, et procure des repères fiables et une lecture réelle de la lumière.

La balance des blancs

Nous avons principalement abordé jusqu’ici, au travers de différentes façons de mesurer la lumière, son intensité. Mais la balance des blancs est un autre aspect très important d’une photographie. Même si elle n’est pas directement liée à l’exposition, il est difficile de ne pas en parler dans un article sur la lumière.

La température de couleur, on l’a vue, varie d’un environnement à l’autre, suivant les éclairages. Le soir elle a tendance à être jaune-orange, un peu bleu en pleine journée, sans parler des intérieurs, des lumières tungstène etc. Ce paramètre, sur les boîtiers numériques, permet donc d’accorder la balance des blancs de la photographie selon l’environnement. Il est réglable à la prise de vue, ou ensuite en post-traitement, dans tout les derawtiseurs.
Sur le boîtier, on peut laisser la balance des blancs en auto (AWB), qui gère généralement assez bien la lumière. On peut aussi la régler suivant différents mode (fluorescent, tungstène, nuageux, flash, etc.), voir directement en Kelvin (la lumière du jour à midi est autour de 6500K, les températures inférieurs sont chaudes (vers le jaune), et supérieures sont froides (vers le bleu).

La même photographie, prise en raw, avec modification de la balance des blancs dans Lightroom. Du chaud vers le froid …

Un autre mode, la balance des blancs manuelle, permet d’ajuster exactement la balance des blancs aux conditions de prise de vue. Ce mode est assez simple à utiliser, et peut se révéler très pratique, voir salvateur ! Il s’agit simplement de placer un objet neutre en terme de couleur au niveau du sujet, de le photographier plein cadre, et d’indiquer cette prise de vue à l’appareil comme référence pour la balance des blancs. On peut utiliser une feuille de papier ou un morceau de carton gris ou blanc, certains utilisent même des gobelets en plastique sur l’objectif, ou des expodisc, beaucoup plus cher ! L’important n’est pas sa valeur de gris, mais sa neutralité en terme de couleur, puisque la coloration par l’éclairage va être utilisée par l’appareil comme référence. On peut toutefois tricher et utiliser un carton légèrement bleu pour donner une ambiance un peu chaude, ou l’inverse. Il ne faut pas hésiter à tester …

Enfin, en numérique, on peut photographier en raw et AWB (balance des blancs automatique), et ajuster ensuite la balance des blancs dans le derawtiseur. Il suffira d’indiquer au derawtiseur un point blanc ou gris dans la prise de vue, pour qu’il fasse la compensation sur le fichier raw. Sous des conditions avec plusieurs éclairages différents (mixant plusieurs sources de température différentes), réaliser une balance des blancs manuelle à la prise de vue sera souvent plus fiable !

Pour finir, si la balance des blancs permet de compenser la température d’un éclairage afin de rendre les blancs, blancs, il ne faut pas en faire une règle. Même si le cerveau compense tout seul, des ambiances de soirées profiterons souvent d’une balance des blancs chaudes. La balance des blancs peut aussi être utilisée à des fins créatives, pour donner une ambiance particulière. Les règles sont faites pour être transgressées !

Pages Blanches 3
Studio, Janvier 2014
Collection Fovea

Conclusion

On a vue que les appareils photos mesurent la lumière en lumière réfléchie. Cette mesure, qui est dépendante du sujet, ramène tout à un gris moyen. Si elle n’est pas toujours fiable, avec de l’expérience, on peut anticiper ses erreurs et maîtriser l’exposition. Le posemètre, lui, mesure la lumière incidente, totalement indépendante du sujet, et réalise donc une mesure absolue. Les blancs seront blancs, et les noirs, noirs ! Mais le posemètre permet beaucoup plus, en contrôlant les écarts de lumières sur le sujet. En mode flashmètre, il permet également de régler la puissance de l’éclairage, et surtout le ratio entre les flashes. Il permettra donc de reproduire cet éclairage, mesuré, dans un autre studio, ou lors d’une autre séance. C’est donc un outil extrêmement précieux dans un studio, mais aussi à l’extérieur.
La balance des blancs, elle, peut souvent être laissée en automatique si on shoot en raw. Réalisée une balance des blancs manuelle est tout de même très simple, avec n’importe quel support de couleur neutre, et amène une plus grande précision, surtout dans des cas difficiles d’éclairages mixtes.

Publié par

Nicolas Genette

Auteur Photographe

4 réflexions au sujet de « Réfléchir et mesurer la lumière »

  1. un super résumé , clair et didactique ,un bon travail
    je suis venu lire tes informations pour essayer de comprendre ce que j’ai lu dans une revue et en fait je reste sur ma faim . peux tu m’aider . Voici le texte : pour éclaircir les zones d’ombres , utiliser le flash à -2ev POUR RESPECTER LE RATIO FLASH/LUMIERE DE 1 sur 4 = ????????

    d’avance merci

  2. Bonjour,
    Merci pour cette article très intéressant. J’ai un Sony A77, je me demandais si pour un capteur aps-c les ISO étaient les même pour tous les capteur, car il ne capte pas la même quantités de lumière. Tous ça pour le réglage du posemètre.
    Merci

    1. Bonjour Brice.
      Les ISO ne sont pas liés au format du capteur. C’est une sensibilité à la lumière pour une surface donnée, pas pour la surface du capteur. Donc à ISO 100, une photo à 1/100s f/4 aura la même exposition sur un petit capteur que sur un full frame. Un grand capteur capte plus de lumière qu’un petit capteur, en regard de sa surface totale, mais au mm² il capte la même quantité de lumière.

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